Processus électoral vicié et crispé en RDC: quelles responsabilités pour la communauté internationale?

Le processus électoral en RDC continue à susciter des interrogations aussi bien sur le plan national qu’international. Alors qu’au niveau interne, on assiste à des nouvelles dynamiques, nos organisations ont le sentiment que sur le plan externe, on assiste à une certaine démission des acteurs qui ne veulent pas « avoir des problèmes » avec le gouvernement congolais et préfèrent la « normalisation » avec Kinshasa. L’annulation de la rencontre de haut niveau sur la RDC prévue lors de l’ouverture de l’Assemblée Générale des Nations Unies en constitue la dernière illustration.

C’est pourquoi nos organisations et l’ensemble du peuple congolais s’interrogent sur le rôle et les responsabilités de la Communauté internationale sur l’avenir du processus électoral et les lourdes conséquences que cela pourraient avoir sur le pays et la sous-région.

Nous avons le sentiment qu’au lieu d’essayer de prévenir le chaos qui s’annonce en exigeant des autorités le respect strict des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Accord de Saint Sylvestre [ la libération des prisonniers politiques dont les emblématiques sont cités nommément dans l’Accord], l’ONU et en particulier la Monusco avec sa représentante en RDC préfère au nom du « respect de la souveraineté », laisser les choses suivre son cours car le pouvoir congolais ne veut pas d’ingérence. Madame la représentante préférant préparer la Monusco à accompagner le régime dans l’après élection.

Aujourd’hui, devant la grande misère de notre peuple, les nombreuses victimes tant civiles que militaires à l’Est et les multiples arrestations dont nos militants sont victimes, seules des élections libres, transparentes, crédibles et inclusives vont permettre au pays de retrouver les conditions d’une vraie stabilité.

Or les informations en notre possession et nos dix critères pour une consultation démocratique montrent clairement que le processus en cours est tout sauf libre et transparent.

Le climat politique est toujours crispé et la répression politique continue à se manifester par trois phénomènes analogues: le maintien en détention des prisonniers politiques, l’invalidation des candidats de l’opposition et les arrestation systématiques des jeunes des mouvements citoyens.

repression polititique csnuDès lors il est essentiel que les partenaires du Congo malgré leurs intérêts se posent une et une seule question : De quel côté veulent-ils être ? Avec le peuple congolais qui n’oubliera jamais ceux qui vont se tenir à ses côtés pour lui permettre de faire un choix libre et de faire respecter ses lois, ou bien du côté d’un pouvoir devenu autocratique et défiant son propre peuple dans un schéma, on ne peut plus catastrophique pour l’ensemble de la sous-région ? Il faut juste se rappeler que le peuple congolais a développé une forte résilience et qu’un jour il se lèvera pour reconquérir sa liberté.

Dans tout le pays nous entendons, nos organisations entendent des cris de souffrance mêlés à l’espoir de pouvoir enfin pacifiquement se choisir ses propres dirigeants, or si cet espoir devrait se transformer en désespoir dans le cadre d’un processus électoral non transparent, crédible et inclusif, le risque est grand de voir le chaos s’installé.

Le peuple congolais a le sentiment d’avoir été trahi par la Communauté internationale qui lui avait promis des élections libres et transparentes. Il se sent abandonné par la Monusco qui malgré son mandat n’arrive pas à protéger la population et à apporter son appui aux élections. Le peuple congolais ne comprend pas que les crimes des masses, les nombreuses arrestations arbitraires, l’assassinat des deux experts onusiens ne soient restés impunis.

Les chrétiens se posent la question de savoir comment se peut-il que celui-là même qui a été sanctionné par la communauté internationale à cause de la répression de leurs manifestations pacifiques soit accepté comme le prochain partenaire car devenu le dauphin du président Kabila. En effet comment accepté le fait que cette communauté internationale qui a en son temps appuyé les accords de la CENCO à travers les résolutions du Conseil de sécurité et en a fait la seule feuille de route de sortie de crise soit aujourd’hui incapable de le faire respecter et accepte comme un fait établi de coopérer avec ceux qui violent cet accord.

Nos organisations se souviennent des promesses de la communauté internationale lors de la publication du Chronogramme sur l’enrôlement. Elle n’a rien fait malgré le délai non respecté, les conditions anarchiques du déroulement de ce processus, aujourd’hui entaché de plus d’1/4 d’électeurs fictifs et la poursuite de la répression politique ainsi que l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

Nous nous rappelons des engagements pris lors de la signature de l’Accord traduits par la Résolution 2348 fixant la date des élections au plus tard au 31 décembre 2017 restés là aussi lettre morte,

Nous nous souvenons de l’appel pressant de cette même communauté internationale appelant le peuple congolais à accepter le calendrier publié par la CENI en novembre 2017 alors qu’il violait et l’Accord de la Saint Sylvestre et la résolution du Conseil de sécurité.

Or aujourd’hui le chapitre 5 de l’Accord de la Saint Sylvestre n’est pas appliqué,  le calendrier n’est pas respecté, la machine à voter en train d’être imposée et ce sont les membres de cette communauté internationale qui fabriquent et vendent ces machines…

Nos organisations ont de plus en plus de mal pour convaincre la population que la Communauté internationale se tient à ses côtés….

http://electionsrdcongo.com/wp-content/uploads/2018/10/WhatsApp-Video-2018-10-09-at-14.54.33.mp4?_=2

C’est pourquoi nous lançons un appel à l’ensemble des partenaires de notre pays de s’engager à côté du peuple, (car cette souveraineté derrière laquelle se cache le pouvoir autocratique du président Kabila n’appartient pas à ce régime mais au peuple congolais.) pour réclamer un processus électoral crédible et transparent.

Nous appelons les Nations Unies à exiger du pouvoir de Kinshasa non seulement le respect du délai de l’Organisation des élections mais aussi la présence des experts internationaux et des observateurs au sein de la CENI pour suivre le processus électoral et ainsi rétablir un peu de confiance à une institution qui a perdu toute sa crédibilité

1. Nous demandons à la MONUSCO de cesser d’être complice d’un pouvoir qui emprisonne ses leaders et son peuple et qui ne respecte pas ses propres lois. Aucun respect de la souveraineté n’autorise cela.

Nous appelons la SADEC à conditionner toute aide logistique à l’organisation des élections par le respect total de l’Accord de la CENCO et par la mise en œuvre des critères que nous avons fixé pour avoir des élections libres et transparentes. La SADEC a pour vocation d’être un espace de liberté, de démocratie et de développement et c’est pour cela que notre pays en est devenu membre. Nous ne voulons plus des régimes autoritaires et qui violent leur propre constitution.

Aujourd’hui le peuple congolais est à la croisée du chemin. Il veut devenir acteur de son destin et espère que la Communauté internationale va l’accompagner pour bâtir une nation libre, prospère, démocratique et développée au cœur du continent et en pleine solidarité avec ses voisins et ses amis. Dans le cas contraire, nos organisations craignent le pire et ont peur de voir le pays replonger dans les années nonante.

Lors de sa dernière visite à Kinshasa, le Conseil de Sécurité a eu l’occasion de rencontrer certains de nos organisations membres ainsi que l’ensemble des forces vives de la Nation.

Nous espérons que suite à cette visite, le Conseil va lancer un appel fort au respect de ses résolutions et de l’Accord de la CENCO.

C’est pour nous la dernière occasion pour le Conseil de donner des signes forts de son engagement en faveur des élections libres, transparentes, crédibles et inclusives. Sinon cette marche des écoliers à Beni risque de se répéter à travers le pays car le peuple commence à s’impatienter. Nous espérons cette fois-ci que le Conseil tiendra ferme face aux manœuvres du pouvoir congolais et n’hésitera pas, s’il le fallait, à prendre des sanctions contre toute personne ou tout groupe qui mettra en danger la paix, la liberté et la crédibilité   du processus électoral.

ELECTIONSRDCongo avec CFPP-RDC.COM

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s