MEMORANDUM A L’ATTENTION DE MESSEIGNEURS LES EVEQUES DE LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO, CENCO: « Où est ton frère? » Genèse 4:9-10

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MEMORANDUM A L’ATTENTION DE
MESSEIGNEURS LES EVEQUES DE LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO, CENCO
« Où est ton frère? » Genèse 4:9-10

Depuis la signature l’Accord Global et Inclusif le 31 décembre 2016, les prisonniers politiques de la République Démocratique du Congo demeurent embastillés dans les mouroirs congolais dits « prisons », malgré le chapitre V dudit Accord statue sur la nécessité de leur libération. Certains parmi eux, définis « emblématiques », sont cités nommément en tant que bénéficiaires des mesures de décrispation politique, mais, malgré cela, rien n’est entrepris par l’exécutif congolais – animé essentiellement par la majorité politique signataire de l‘Accord et ses alliés – afin de leur rendre la liberté.

La CENCO, dans son rôle de facilitation de l’Accord de la Saint- Sylvestre, avait pris l’initiative de se porter garante de la libération des prisonniers politiques et du retour des exilés politiques, en demandant à l’opposition et à la société civile, pendant les discussions au Centre Interdiocésain de Kinshasa, d’accepter que ceux-ci soient libérés après la signature de l’Accord, et pas avant, comme ces composantes exigeaient préalablement.

Les familles des prisonniers politiques de la RDC vous demandent, messeigneurs, en tant que frères en Christ: « Ou sont vos frères? »
Deux ans après la signature de l’Accord de la Saint-Sylvestre, M. Kabila a pu profiter du consensus politique dégagé à l’occasion de la signature de l’Accord du 31/12/2016 pour se maintenir au pouvoir hors mandat constitutionnel, sans respecter le cahier de charges exigés par l’opposition politique et la société civile.

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Le Conseil National de Suivi de l’Accord, CNSA en sigle, une Institution d’appui à la Démocratie prévue par l’Accord Global et Inclusif, demeure une coquille vide qui n’a pas d’existence légale et qui est dépourvue de toute considération de la part de l’exécutif en place en ce qui concerne ses rares et timides prises de position, aussi bien par rapport à la libération des prisonniers politiques qu’ à l’évaluation générale du processus électoral.

L’exécutif issu de la signature des « arrangements particuliers » souscrits par une frange de l’opposition, le 27/04/2017 au Palais du Peuple, n’applique pas sa propre agenda qui prévoyait la libération des prisonniers politiques emblématiques une semaine après la signature du protocole établissant le calendrier des étapes d’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Les délégations officielles des négociations du Centre Interdiocésain pour le compte de l’ opposition et de la société civile, n’ont pas reconnu la désignation des membres participant à ce gouvernement, mais ces membres dissidents, quant à eux, continuent à ne pas respecter leurs engagements, y compris ceux prévus par leurs propres « arrangements particuliers ».

Comment continuer à se taire, alors que l’opinion publique congolaise est de plus en plus sceptique en ce qui concerne le lancement d’un processus électoral tardif, exclusif et surtout caractérisé par une crispation croissante du climat politique ?

Alors que des candidats à l’élection présidentielle ont été irrégulièrement invalidés par un Commission Électorale Nationale Indépendante, (CENI), et une Cour Constitutionnelle manifestement partisanes, les prisonniers politique emblématiques comme M. Eugène Diomi Ndongala (Président National de la Démocratie Chrétienne) et M. Jean-Claude Muyambo (Président National de la SCODE) croupissent toujours en prison; M. Moise Katumbi est empêché de rentrer en RDC pour présenter sa candidature à l’élection présidentielle et des nombreux autres dissidents politiques se sont ajoutés à la liste des prisonniers politiques qui devaient être libérés à l’issu des travaux d’une fantomatique « commission ad hoc », composée par des magistrats et des représentants de la société civile; une commission qui – comme vous ne pouvez pas l’ ignorer – n’a jamais été mise en place.

Au moment où nous couchons ces lignes, les opposants Gekoko Mulumba et Franc Diongo se sont ajoutés à la liste des prisonniers politiques privés de liberté sur la base de poursuites politiquement motivées; les autres exilés cités dans l’Accord de la Saint-Sylvestre comme M. Anzuluni et M. Mbusa Nyamwisi sont toujours empêchés de rentrer en RDC. A eux s’ajoutent les civils qui devaient être libérés sur la base de l’Amnistie entrée en vigueur en 2014, comme Eric Kikunda et Firmin Yangambi, sans oublier la liste toujours plus longue d’ activistes des mouvement citoyens comme M. Carbone Beni et dernièrement les membres du mouvement citoyens Lucha et Vici et tant d’autres, tous injustement emprisonnés pour avoir voulu
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exercer leur droit à la libres expression politique.

Messeigneurs, « Où sont vos frères? »

Même si la mauvaise fois et la ruse du gouvernement Kabila a caractérisé la mise en application sélective de l’Accord de la Saint-Sylvestre, nous refusons de comptabiliser le maintien en détention des prisonniers politiques dans la catégorie des « ratés » de l’Accord.

Qu’avez-vous fait de votre engagement à vous porter « garants » de la libération au moins de prisonniers politiques emblématiques nommément cités dans l’Accord, ainsi que des exilés politiques, eux aussi cités au chapitre V dédié à la Décrispation politique? Pourquoi la « Commission ad hoc » censée statuer sur les autres cas n’a jamais été mise en place?

Vous ne pouvez ignorer que certains parmi eux sont actuellement hospitalisés à la suite des tortures morales et physiques endurées depuis des années et que chaque jour qui passe risque d’être le dernier, à cause de l’aggravation de leur état général de santé.

Que faites – vous pour assumer votre position de garants de la libération de ces innocents qui ont eu le courage de faire barrage à la pensée unique, au péril de leur vie?

Les familles des prisonniers politiques et des exilés de la RDC refusent de comptabiliser la privation injuste de la liberté de leurs proches dans la rubrique indifférenciée des « ratés » de l’Accord de la Saint-Sylvestre. La mise en place d’un CNSA inutile et passif où bien d’un gouvernement non représentatif peuvent être considérés comme des « ratés » de l’Accord de la Saint-Sylvestre, mais nos pères, frères, fils ne seront jamais des simples chiffres à insérer dans la partie double des actifs et passifs de l’application de l’Accord politique du 31/12/2016, car il s’agit d’hommes et femmes soumis depuis des années à des torture physiques et morales à cause de leur engagement politique.

D’autant plus qu’outre la violation de l’Accord de la Saint-Sylvestre, de la loi de l’amnistie de 2014 et de la Constitution de la République, y a-t-il lieu d’ajouter le refus d’exécuter la décision N° 2465/ 2014 issue de la condamnation de la RDC par le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies de libérer M. Eugène Diomi Ndongala, d’annuler sa condamnation irrégulière et de l’indemniser. La décision dont la RDC a été régulièrement notifiée en 2016, mais deux ans après n’a pas été exécutée en violation de l’art 215 de la Constitution de la RDC.

Messeigneurs, « Où sont vos frères? »

Cette situation injuste et douloureuse persistant, en dépit de multiples appels de la Communauté Internationale, de plusieurs violations par le régime Kabila
des textes juridiques nationaux comme internationaux, nous, le Comité de Familles des Prisonniers et les Exilés Politiques, lançons un appel fort à vous, messeigneurs les évêques de la RDC, pour que vous-vous impliquiez, avec foi et détermination, faisant entendre votre voix afin qu’il soit mis en terme au torpillage de l’Accord politique Global et Inclusif dont vous vous êtes chargé des bons offices.

Il serait inacceptable que la mauvaise fois l’emporte sur les engagements librement souscrits par la majorité au pouvoir; il serait néfaste, pour la République Démocratique du Congo, si la ruse continuait à l’importer sur la parole donnée.

« Priver les gens de leurs droits humains revient à contester leur humanité même » et « la moindre injustice, où qu’elle soit commise, menace l’édifice tout entier », ont un jour respectivement déclaré les plus illustres défenseur des droits de l’homme et prisonnier politique, Nelson Mandela et Martin Luther-King Jr.

Nous sommes persuadés qu’aussi longtemps les prisonniers politiques congolais ne seront pas libérés, il n’y aura aucune garantie d’un aboutissement heureux du processus électoral en RDC.

Il serait souhaitable qu’une structure permanente, au sein de votre sainte organisation qui est la CENCO, soit mise en place pour le suivi soutenu de la question de la décrispation politique, dans son volet consacré à la libération des prisonniers politiques et le retour des exilés (« J’étais en prison et vous m’avez visité » Mt 25.35-36).

En effet, la non présentation de M. Kabila aux prochaines élections risquerait d’apparaître comme une victoire à la Pyrrhus, si les élections seraient renvoyées encore une fois, ou bien elles se tiendraient dans le chaos général découlant de la contestation généralisée, de l’exclusivité et de la répression politique.

Que dire des critiques consécutives à la non application de l’Accord, dans un contexte de possible « caducité » de celui-ci? Il serait très dangereux, pour le futur de la République Démocratique du Congo, si cela devait arriver car la caducité « in fieri » de l’Accord pourrait marquer, après le mois de décembre 2018, le commencement d’une dictature ouvertement assumée, mise en place par la fraude, les manœuvres diaboliques d‘ingénierie constitutionnelle et la négation des liberté fondamentales.

Il est impératif, à ce stade du processus de démocratisation en RDC, que la centaine de prisonniers politiques, selon les statistiques de l’ONU, qui croupissent encore dans les geôles congolaises soient libérée car on ne peut rien construire de solide, valable et positif sur la mauvaise fois, le manque de respect de la parole donnée, bien la ruse et les violations des droits de l’homme.

Il est aberrant que le gouvernement congolais, par le biais de son Ambassadeur à l’Onu, ait déclaré le 13/11/18, devant le Conseil de Sécurité de l’Onu, qu’en RDC il y aurait seulement deux prisonniers politiques ( en se référant aux prisonniers politiques emblématiques Diomi et Muyambo, cités nommément dans l’Accord de la Saint-Sylvestre) et qu’il ne seront pas, selon lui, libérés!

D’ ailleurs, il serait souhaitable qu’à la prochaine Assemblée Générale, qui se réunira dans quelques jours, la CENCO ne se penche pas exclusivement sur l’évaluation du processus électoral, comme il a été annoncé, mais aussi sur la question fondamentale de la libération des prisonniers politiques, conformément à l’Accord de la Saint-Sylvestre, les deux sujets étant strictement liés, dans la perspective d’ un processus électoral inclusif, crédible et apaisé.

Pour la dernière fois, messeigneurs, nous vous posons la question lancinante:

« Où sont vos frères? »
et
« Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez aussi prisonniers; de ceux qui sont maltraités, comme étant aussi vous-mêmes dans le même corps »,
Hébreux 13.3

Pour le Comité des familles des prisonniers politiques et les exilés politiques,

Les familles des prisonniers politiques,

Famille Diomi Ndongala,
Famille Muyambo,
Famille Yangambi,
Famille Kikunda,
Famille Mulumba,
Famille Beni,
Famille Tsiani Malembe,
Famille Sengha,
Famille Banré,
Famille Bakajika,
Famille Meta,
Famille Kayembe,
Famille Mbaya,
Famille Mwamba,
Famille Lokwa,
Famille Kabala,
Famille Ndembu,
Famille Opele,
Famille Makonzo,
Famille Kalamba,
Famille Mbuyi,
Famille Kabemba,
Famille Buka,
Famille Bopomi,
Famille Tshiunza,
Famille Kayembe,
Famille Mukala,
Famille Lukaba,
Famille Azamba,
Famille Mbegza,
Famille Ahombiawe,
Famille Kengembali,
Famille Bomboko,
Famille Zobele,
Famille Kopani,
Famille Matungu,
Famille Kelega,
Famille Ekobi,
Famille Aburu,
Famille Batangezi,
Famille Mbanga,
Famille Wele,
Famille Makambo,
Famille Abia,
Famille Katumbi,
Famille Anzuluni,
Famille Nyamwisi,
Famille Rachidi

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