LES FAMILLES DES PRISONNIERS POLITIQUES MANIFESTENT DEVANT LA CENCO / LE POTENTIEL

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Décrispation de la vie nationale : les familles des prisonniers politiques interpellent les évêques / LE COURRIER DE KINSHASA

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Décrispation de la vie nationale : les familles des prisonniers politiques interpellent les évêques

Jeudi 15 Novembre 2018 – 17:10

 

LE COURRIER DE KINSHASA 161118 01

 

Dans le mémorandum qui tourne sur la question « Où sont vos frères ? », adressé à la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cénco), les parents des détenus regrettent ce qui est vu comme une passivité complice des prélats catholiques, à qui ils rappellent leur engagement à se porter « garants » de leur libération car nommément cités dans l’Accord de la Saint-Sylvestre.

 Les familles des prisonniers politiques de la République démocratique du Congo (RDC) ont déposé, le 15 novembre au siège de la Cénco, à Gombe, un mémorandum adressé aux évêques congolais.

Elles rappellent, dans le document, que depuis la signature, le 31 décembre 2016, de l’Accord de la Saint-Sylvestre sous l’égide de la Cénco, leurs parents demeurent embastillés dans les mouroirs congolais, dits « prisons », même si le chapitre V de cet accord statuait sur  la nécessité de leur libération. « Certains parmi eux, définis emblématiques, sont cités nommément en tant que bénéficiaires des mesures de décrispation politique mais, malgré cela, rien n’est entrepris par l’exécutif congolais – animé essentiellement par la majorité politique signataire de l’Accord et ses alliés – afin de leur rendre la liberté »,souligne le texte. Le document relève également que dans son rôle de facilitation de l’Accord de la Saint-Sylvestre, la Cénco avait pris l’initiative de se porter garante de la libération des prisonniers politiques et du retour des exilés politiques, en demandant à l’opposition et à la société civile, pendant les discussions au Centre interdiocésain de Kinshasa, d’accepter que ceux-ci soient libérés après la signature de l’Accord et pas avant, comme ces composantes l’exigeaient préalablement.

Un consensus qui n’a profité qu’à une partie

Le mémorandum regrette que le consensus politique dégagé à l’issue de cet accord, signé il y a deux ans, n’ait pu profiter qu’au président Joseph Kabila qui s’est maintenu au pouvoir hors mandat constitutionnel, sans respecter le cahier des charges exigé par l’opposition politique et la société civile.

Le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), font remarquer les signataires, demeure une coquille vide qui n’a pas d’existence légale, dépourvue de toute considération de la part de l’exécutif en place en ce qui concerne ses rares et timides prises de position, aussi bien par rapport à la libération des prisonniers politiques qu’à l’évaluation générale du processus électoral. « L’exécutif issu de la signature des arrangements particuliers souscrits par une frange de l’opposition, le 27 avril 2017, au Palais du peuple, n’applique pas son propre agenda qui prévoyait la libération des prisonniers politiques emblématiques, une semaine après la signature du protocole établissant le calendrier des étapes d’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre », lit-on dans le mémorandum. Le texte note que les délégations officielles des négociations du Centre interdiocésain, pour le compte de l’opposition et de la société civile, n’ont pas reconnu la désignation des membres participant à ce gouvernement, mais ces membres dissidents, quant à eux, continuent à ne pas respecter leurs engagements, y compris ceux prévus par leurs propres « arrangements particuliers ».

« Des prisonniers emblématiques toujours en prison « 

Pour ces familles, il n’y a plus lieu de se taire, étant donné que l’opinion publique congolaise est de plus en plus sceptique en ce qui concerne le lancement d’un processus électoral tardif, exclusif et surtout caractérisé par une crispation croissante du climat politique. Alors que des candidats à l’élection présidentielle ont été irrégulièrement invalidés par une Commission électorale nationale indépendante et une Cour constitutionnelle manifestement partisanes, ont-elles déploré, les prisonniers politique emblématiques comme Eugène Diomi Ndongala et Jean-Claude Muyambo croupissent toujours en prison; Moise Katumbi est empêché de rentrer au pour présenter sa candidature à l’élection présidentielle et des nombreux autres dissidents politiques se sont ajoutés à la liste des prisonniers qui devaient être libérés à l’issue des travaux d’une fantomatique « commission ad hoc », composée par des magistrats et des représentants de la société civile, qui n’a jamais été mise en place. Pour ces familles, les opposants Gekoko Mulumba et Franck Diongo se sont ajoutés à la liste sur la base de poursuites politiquement motivées; alors que les autres exilés cités dans l’Accord de la Saint- Sylvestre comme Anzuluni et Mbusa Nyamwisi sont toujours empêchés de rentrer en RDC. Le mémo épingle également les cas des autres civils qui devaient être libérés sur la base de l’amnistie entrée en vigueur en 2014, dont Eric Kikunda et Firmin Yangambi, ainsi que des activistes des mouvement citoyens comme Carbone Beni et les autres membres du mouvement citoyens Lucha et Vici, etc, qui seraient tous injustement emprisonnés pour avoir voulu exercer leur droit à la libre expression politique.

Les signataires du mémorandum disent, par ailleurs, refuser de comptabiliser le maintien en détention des prisonniers politiques dans la catégorie des « ratés » de l’Accord, même si la mauvaise foi et la ruse du gouvernement de Kinshasa ont caractérisé la mise en application sélective de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

C’est ici qu’ils demandent aux prélats catholiques ce qu’ils ont fait de leur engagement à se porter « garants » de la libération au moins des prisonniers politiques emblématiques nommément cités dans l’Accord, ainsi que des exilés politiques, eux aussi cités. 

 

 

Lucien Dianzenza

Mgr Fridolin Ambongo :  » Les cas des prisonniers politiques emblématiques Diomi Ndongala et  Me Muyambo, traités par l’Accord de la St. Sylvestre n’ont pas été résolus  » / MEDIACONGO.NET

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Fridolin Ambongo

Depuis le 1er novembre, la puissante Église catholique congolaise a une nouvelle figure de proue. C’est Fridolin Ambongo, 58 ans, qui succède à Laurent Monsengwo, 79 ans, à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa.

Que pense-t-il de la machine à voter que le pouvoir veut imposer le 23 décembre prochain ? Est-il aussi critique que son prédécesseur à l’égard du régime de Joseph Kabila ? En ligne du Vatican, le nouvel archevêque de Kinshasa répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Votre élévation au rang d’archevêque tombe juste avant les élections du 23 décembre. Quelle est votre priorité dans les semaines à venir ?

Fridolin Ambongo Il ne faudrait pas que le processus électoral et les divisions politiques puissent diviser le peuple de Dieu qui est dans l’archidiocèse de Kinshasa.

Le 8 août 2018, le président Joseph Kabila a renoncé à briguer un troisième mandat. Y êtes-vous pour quelque chose ?

Dans la mesure où cette décision du président Joseph Kabila obéit aux dispositions de la Constitution et à l’Accord de la Saint-Sylvestre, nous pouvons dire que, pour le travail que nous avions abattu comme médiation, je crois qu’on peut dire oui.

Vous avez joué un rôle…

Oui.

Les marches catholiques du 31 décembre 2017 et du 21 janvier 2018 ont été brutalement réprimées. Il y a eu des morts. Sont-ils morts pour rien ?

Je crois qu’ils ne sont pas morts pour rien. Et à cause de leur sacrifice, la situation a évolué dans la bonne direction.

Dans l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, dont vous êtes l’un des maîtres d’œuvre, étaient prévues de nombreuses mesures de décrispation de l’espace politique. Où en est-on aujourd’hui ?

Effectivement, il y a eu beaucoup de ratés dans la mise en application de l’Accord de la Saint-Sylvestre, notamment sur le retour des exilés. Mais nous constatons que, sur ce plan-là, il y a eu plutôt une sorte de crispation au lieu de la décrispation qui était attendue.

Vous pensez à Moïse Katumbi ?

Nous pensons à Moïse Katumbi, la manière dont le dossier de Jean-Pierre Bemba a été traité et d’autres qui ont été exclus de la course comme [Adolphe] Muzito et tant d’autres.

Jean-Pierre Bemba a tout de même été condamné pour subornation de témoins. Du coup, sa candidature n’a pas été validée par les autorités congolaises…

A ma connaissance, jusqu’à maintenant, Jean-Pierre a été condamné en première instance pour subornation. Il a fait appel et jusque-là, ce dossier n’est pas encore clôturé. Les juges en appel ne se sont pas encore prononcés et ce qui me surprend, c’est qu’au niveau du pays, ce dossier est considéré comme une condamnation définitive. Donc là, je n’arrive pas à comprendre la motivation réelle de la Cour suprême.

Vous pensez que c’est une décision injuste ?

Je crois que c’est une décision politique. Oui.

Le 10 septembre dernier, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a écrit une lettre à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) pour manifester ses inquiétudes. De quoi s’agit-il ?

C’est parce que la question de la machine à voter est une question qui risque ou bien de bloquer la tenue de ces élections, ou bien on tient les élections, mais le résultat ne sera pas accepté par les autres. Et notre intervention auprès de la SADC, tout comme nous le faisons auprès de la classe politique du Congo, c’est que cette question de la machine à voter soit traitée par la tripartite -la majorité, l’opposition, la Céni [Commission électorale nationale indépendante]-, pour qu’on puisse trouver un consensus, mais que ça ne devienne pas un obstacle pour la tenue des élections.

La Céni a prévu un temps de passage d’une minute par électeur devant cette machine à voter. Est-ce que c’est crédible ou pas ?

Pour nous, c’est très difficile à croire. Tous ceux qui ont eu affaire avec cette machine estiment qu’une minute, c’est trop peu. D’autant plus qu’il s’agit de trois élections couplées. Mais nous constatons que les uns et les autres s’obstinent dans leur position. Cela n’évolue pas, malheureusement.

Et quand vous dites que « les uns et les autres s’obstinent », c’est-à-dire que le pouvoir veut maintenir la machine à voter alors que l’opposition menace de boycotter ?

C’est tout à fait ça. Oui.

Et alors votre position à vous. Faut-il envisager un système hybride : moitié machine à voter, moitié bulletin papier ?

Mais s’il y avait vraiment de la bonne volonté de la part de la classe politique au Congo, je crois qu’on aurait déjà trouvé une solution intermédiaire. Par l’exemple, pour l’élection présidentielle où il n’y a pas trop de candidats, on pourrait utiliser le papier. Et pour les autres élections, on pourrait utiliser la machine parce que là, il y a trop de candidats. Cela pourrait être une solution intermédiaire. Mais il faut encore qu’il y ait la volonté politique, avec l’intention de trouver un compromis.

Dans le fichier électoral, 6 millions d’électeurs sont enregistrés sans empreinte digitale. Est-ce que cela vous inquiète ?

Cela nous inquiète. 6 millions, si vous prenez rien que ça, ça peut changer les résultats des élections. Tout ça doit être clarifié avant la tenue des élections pour créer un climat de confiance.

Y a-t-il dans les prisons congolaises des cas emblématiques ?

Par rapport au dialogue et à l’Accord de la Saint-Sylvestre, il y a toujours le cas de Diomi Ndongala.

Le patron de la Démocratie chrétienne…

Oui, le patron. Il y a Diomi Ndongala, il y a maître Muyambo qui sont encore en prison jusqu’à maintenant. Ce sont des cas qui ont été pris en compte. On en avait parlé pendant le dialogue de la Cenco.

De 2016…

De 2016. Il n’y a rien qui est fait de ce côté-là, tout comme vis-à-vis de ceux qui sont en exil.

Il y a quelques mois, votre prédécesseur Laurent Monsengwo a eu cette phrase : « Il faut que les médiocres dégagent ». Etes-vous d’accord ?

Je comprends ce que le cardinal Laurent avait voulu dire. Sans peut-être revenir sur cette expression, la réalité fait que le peuple congolais a besoin d’une nouvelle place politique qui lui ouvre de nouveaux horizons.

Et vous-même allez vous garder votre fameux franc-parler ?

Je ne sais même pas si j’ai un franc-parler, mais je ne crois que mon arrivée à Kinshasa va changer ma nature.


RFI / MCP, via mediacongo.ne