En RD-Congo, les familles des prisonniers et exilés politiques rappellent aux évêques leur engagement / LA CROIX AFRICA

Mgr Marcel Utembi, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et Père Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco. / AFP PHOTO / JUNIOR D.KANNAH

Jeudi 15 novembre, des familles de prisonniers et exilés politiques de RD-Congo se sont rendues au siège de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) pour y déposer un memorandum.

Le dépôt de ce document intervient à quelques jours de la session plénière extraordinaire de l’épiscopat de la RD-congo.

Patricia Diomi Ndongala, porte-parole de 40 familles de prisonniers politiques en RD-Congo a lu, jeudi 15 novembre, devant le père Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), un mémorandum.

Dans ce texte intitulé « Où est ton frère », les familles de ces prisonniers et exilés politiques ont rappelé à la Cenco son engagement pris, à la signature de l’Accord de la Saint-Sylvestre, « de se porter garante de la libération des prisonniers politiques et du retour des exilés politiques ».

Accord de la Saint-Sylvestre

L’Accord de la Saint-Sylvestre a été signé le 31 décembre 2016. À la fin du dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila (19 décembre 2016), des mouvements de la société civile et de nombreux partis politiques avaient entrepris de grandes manifestations pour obliger le président sortant, à organiser un scrutin présidentiel libre et transparent. Pour ramener la paix dans le pays bloqué par des marches quotidiennes, un dialogue national avait été organisé sous l’égide de la Cenco. Ces assises nationales débouchèrent sur un accord de sortie de crise dit de la Saint-Sylvestre. Le texte prévoyait, entre autres, des mesures de décrispation politique avec notamment la libération de prisonniers politiques et le retour d’exilés.

Depuis de longs mois, de nombreuses dispositions de cet accord ont été violées.

Dans un entretien accordé à RFI le 7 novembre, Mgr Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa et vice-président de la Cenco estime que les mesures de décrispation politiques sont au point mort, ajoutant même « qu’il y a eu plutôt une sorte de crispation au lieu de la décrispation qui était attendue ».

A lire : Mgr Fridolin Ambongo : « Le pays est tombé très bas »

Assemblée plénière de la Cenco

Cette visite des familles des prisonniers politiques à la Cenco intervient à quelques jours de la session plénière extraordinaire de la Cenco qui aura lieu du 20 au 22 novembre et dont le but d’évaluer le processus électoral.

A lire aussi : L’épiscopat congolais veut évaluer le processus électoral

Les familles des prisonniers et exilés politiques se sont dit persuadées qu’« aussi longtemps que les prisonniers politiques congolais ne seront pas libérés, il n’y aura aucune garantie d’un aboutissement heureux du processus électoral en RDC ».

Elles ont, par ailleurs, adressé à la Cenco quelques recommandations. « Il serait souhaitable qu’une structure permanente, au sein de votre sainte organisation, soit mise en place pour le suivi soutenu de la question de la décrispation politique et le retour des exilés », ont-elles proposé avant de suggérer qu’à l’occasion de son Assemblée plénière extraordinaire, la Cenco se penche sur la question fondamentale de la libération des prisonniers politiques.

Parmi la quarantaine de familles de prisonniers politiques et d’exilés signataires de ce mémorandum, on distingue notamment celle de l’opposant Moïse Katumbi, un ancien partisan de Joseph Kabila en exil, qui a été empêché de se présenter à l’élection présidentielle, malgré les appels des évêques à autoriser sa candidature.

Lucie Sarr

https://africa.la-croix.com/en-rd-congo-les-familles-des-prisonniers-et-exiles-politiques-rappellent-aux-eveques-leur-engagement/

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Forte mobilisation au Centre interdiocésain : Les familles des prisonniers politiques de la RDC interpellent la Cenco/ TEMPETE DES TROPIQUES

TEMPETE 161118 002

 

Forte mobilisation au Centre interdiocésain : Les familles des prisonniers politiques de la RDC interpellent la Cenco

Diomi

Dans un mémo déposé hier jeudi aux évêques, ils décrient la non application des mesures de décrispation, notamment la libération de Diomi, Muyambo… et le retour des exilés politiques dont Moïse Katumbi et Mbusa Nyamwisi

Le Comité des familles des prisonniers politiques de la République démocratique du Congo (CFPP-RDC) a procédé, hier jeudi 15 novembre, au dépôt du mémorandum, au Centre interdiocésain de Kinshasa, à l’attention des évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), ceux-là même qui ont facilité le dialogue qui a abouti à l’accord de la Saint Sylvestre.

Ces familles rappellent que, depuis la signature de l’Accord global et inclusif le 31 décembre 2016, les prisonniers politiques de la République démocratique du Congo demeurent embastillés dans les mouroirs congolais dits « prisons », malgré le chapitre V dudit accord qui statue sur la nécessité de leur libération.

Certains parmi eux, qualifiés d’ « emblématiques », sont cités nommément en tant que bénéficiaires des mesures de décrispation politique. Mais malgré cela, rien n’est entrepris par l’Exécutif congolais animé essentiellement par la Majorité politique signataire de l’accord et ses alliés, afin de leur rendre la liberté.

La Cenco, dans son rôle de facilitation de l’accord de la Saint Sylvestre, avait pris l’initiative de se porter garante de la libération des prisonniers politiques et du retour des exilés politiques, en demandant à l’Opposition et à la société civile, pendant les discussions au Centre interdiocésain de Kinshasa, d’accepter que ceux-ci soient libérés après la signature de l’accord, et pas avant, comme ces composantes exigeaient préalablement.

Les familles des prisonniers politiques de la RDC demandent aux évêques, en tant que frères en Christ : « Où sont vos frères ? » Deux ans après la signature de l’accord de la Saint Sylvestre, « Joseph Kabila a pu profiter du consensus politique dégagé à l’occasion de la signature de l’accord du 31 décembre 2016 pour se maintenir au pouvoir hors mandat constitutionnel, sans respecter le cahier des charges exigé par l’Opposition politique et la société civile ».

Le CNSA (Comité national de suivi de l’accord et du processus électoral) est dépourvu de toute considération de la part de l’Exécutif en place en ce qui concerne ses rares et timides prises de position, aussi bien par rapport à la libération des prisonniers politiques qu’à l’évaluation générale du processus électoral.

L’Exécutif issu de la signature des « arrangements particuliers » souscrits par une frange de l’Opposition, le 27 avril 2017, au Palais du peuple, n’applique pas son propre agenda qui prévoyait la libération des prisonniers politiques emblématiques, une semaine après la signature du protocole établissant le calendrier des étapes d’application de l’accord de la Saint Sylvestre.

Les délégations officielles aux négociations du Centre interdiocésain pour le compte de l’Opposition et de la société civile n’ont pas reconnu la désignation des membres participant à ce gouvernement. Mais ces membres dissidents, quant à eux, continuent à ne pas respecter leurs engagements, y compris ceux prévus par leurs propres « arrangements particuliers ».

« Comment continuer à se taire, alors que l’opinion publique congolaise est de plus en plus sceptique en ce qui concerne le lancement d’un processus électoral tardif, exclusif et surtout caractérisé par une crispation croissante du climat politique ? », se demande le CFPP-RDC.

Alors que des candidats à l’élection présidentielle ont été irrégulièrement invalidés par une CENI et une Cour constitutionnelle « manifes-tement partisanes », en RDC pour présenter sa candidature à l’élection présidentielle…les prisonniers politiques emblématiques dont Eugène Diomi Ndongala, Jean-Claude Muyambo… croupissent toujours en prison. Moïse Katumbi est empêché de rentrer

Aujourd’hui, Gekoko Mulumba et Franck Diongo se sont ajoutés sur la liste des prisonniers politiques privés de liberté sur base de poursuites politiquement motivées. D’autres exilés cités dans l’accord de la Saint Sylvestre, Anzuluni et Mbusa Nyamwisi, sont toujours empêchés de rentrer en RDC.

A eux  s’ajoutent les civils qui devraient être libérés sur la base de l’amnistie entrée en vigueur en 2014, comme Eric Kikunda et Firmin Yangambi, sans oublier la liste toujours plus longue des activistes des mouvements citoyens Carbone Beni et dernièrement les membres de la Lucha (Lutte pour le changement), Vici et tant d’autres, tous injustement emprisonnés pour avoir voulu exercer leur droit à la libre expression politique.

Mes seigneurs, « Où sont vos frères ? »

« Même si la mauvaise foi et la ruse du gouvernement Kabila, caractérisées par la mise en application sélective de l’accord de la Saint Sylvestre, nous refusons de comptabiliser le maintien en détention des prisonniers politiques dans la catégorie des ratés de l’accord », lit-on dans ce mémo.

« Qu’avez-vous fait de votre engagement à vous porter garants de la libération au moins des prisonniers politiques emblématiques nommément cités dans l’accord, ainsi que des exilés politiques, eux aussi cités au chapitre V dédié à la décrispation politique ? Pourquoi la Commission ad hoc censée statuer sur les autres cas n’a jamais été mise en place ? », s’interroge-t-on.

Il serait souhaitable qu’une structure permanente soit mise en place au sein de la Cenco pour le suivi soutenu de la question de la décrispation politique.

Il est aberrant que le gouvernement congolais, par le biais de son ambassadeur à l’ONU, ait déclaré le 13 novembre 2018 devant le Conseil de sécurité de l’ONU, qu’en RDC, il n’y aurait que deux prisonniers politiques (Diomi et Muyambo), et qu’ils ne seront pas, selon lui, libérés.

D’ailleurs, il serait souhaitable qu’à la prochaine Assemblée générale qui se réunira dans quelques jours, la Cenco ne se penche pas exclusivement sur l’évaluation du processus électoral, comme il a été annoncé, mais aussi sur la question fondamentale de la libération des prisonniers politiques, conformément à l’accord de la Saint Sylvestre, les deux sujets étant strictement liés, dans la perspective d’un processus électoral inclusif, crédible et apaisé.

Par Stone

Décrispation de la vie nationale : les familles des prisonniers politiques interpellent les évêques / LE COURRIER DE KINSHASA

le courrier de kinshasa 161118 00

Décrispation de la vie nationale : les familles des prisonniers politiques interpellent les évêques

Jeudi 15 Novembre 2018 – 17:10

 

LE COURRIER DE KINSHASA 161118 01

 

Dans le mémorandum qui tourne sur la question « Où sont vos frères ? », adressé à la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cénco), les parents des détenus regrettent ce qui est vu comme une passivité complice des prélats catholiques, à qui ils rappellent leur engagement à se porter « garants » de leur libération car nommément cités dans l’Accord de la Saint-Sylvestre.

 Les familles des prisonniers politiques de la République démocratique du Congo (RDC) ont déposé, le 15 novembre au siège de la Cénco, à Gombe, un mémorandum adressé aux évêques congolais.

Elles rappellent, dans le document, que depuis la signature, le 31 décembre 2016, de l’Accord de la Saint-Sylvestre sous l’égide de la Cénco, leurs parents demeurent embastillés dans les mouroirs congolais, dits « prisons », même si le chapitre V de cet accord statuait sur  la nécessité de leur libération. « Certains parmi eux, définis emblématiques, sont cités nommément en tant que bénéficiaires des mesures de décrispation politique mais, malgré cela, rien n’est entrepris par l’exécutif congolais – animé essentiellement par la majorité politique signataire de l’Accord et ses alliés – afin de leur rendre la liberté »,souligne le texte. Le document relève également que dans son rôle de facilitation de l’Accord de la Saint-Sylvestre, la Cénco avait pris l’initiative de se porter garante de la libération des prisonniers politiques et du retour des exilés politiques, en demandant à l’opposition et à la société civile, pendant les discussions au Centre interdiocésain de Kinshasa, d’accepter que ceux-ci soient libérés après la signature de l’Accord et pas avant, comme ces composantes l’exigeaient préalablement.

Un consensus qui n’a profité qu’à une partie

Le mémorandum regrette que le consensus politique dégagé à l’issue de cet accord, signé il y a deux ans, n’ait pu profiter qu’au président Joseph Kabila qui s’est maintenu au pouvoir hors mandat constitutionnel, sans respecter le cahier des charges exigé par l’opposition politique et la société civile.

Le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), font remarquer les signataires, demeure une coquille vide qui n’a pas d’existence légale, dépourvue de toute considération de la part de l’exécutif en place en ce qui concerne ses rares et timides prises de position, aussi bien par rapport à la libération des prisonniers politiques qu’à l’évaluation générale du processus électoral. « L’exécutif issu de la signature des arrangements particuliers souscrits par une frange de l’opposition, le 27 avril 2017, au Palais du peuple, n’applique pas son propre agenda qui prévoyait la libération des prisonniers politiques emblématiques, une semaine après la signature du protocole établissant le calendrier des étapes d’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre », lit-on dans le mémorandum. Le texte note que les délégations officielles des négociations du Centre interdiocésain, pour le compte de l’opposition et de la société civile, n’ont pas reconnu la désignation des membres participant à ce gouvernement, mais ces membres dissidents, quant à eux, continuent à ne pas respecter leurs engagements, y compris ceux prévus par leurs propres « arrangements particuliers ».

« Des prisonniers emblématiques toujours en prison « 

Pour ces familles, il n’y a plus lieu de se taire, étant donné que l’opinion publique congolaise est de plus en plus sceptique en ce qui concerne le lancement d’un processus électoral tardif, exclusif et surtout caractérisé par une crispation croissante du climat politique. Alors que des candidats à l’élection présidentielle ont été irrégulièrement invalidés par une Commission électorale nationale indépendante et une Cour constitutionnelle manifestement partisanes, ont-elles déploré, les prisonniers politique emblématiques comme Eugène Diomi Ndongala et Jean-Claude Muyambo croupissent toujours en prison; Moise Katumbi est empêché de rentrer au pour présenter sa candidature à l’élection présidentielle et des nombreux autres dissidents politiques se sont ajoutés à la liste des prisonniers qui devaient être libérés à l’issue des travaux d’une fantomatique « commission ad hoc », composée par des magistrats et des représentants de la société civile, qui n’a jamais été mise en place. Pour ces familles, les opposants Gekoko Mulumba et Franck Diongo se sont ajoutés à la liste sur la base de poursuites politiquement motivées; alors que les autres exilés cités dans l’Accord de la Saint- Sylvestre comme Anzuluni et Mbusa Nyamwisi sont toujours empêchés de rentrer en RDC. Le mémo épingle également les cas des autres civils qui devaient être libérés sur la base de l’amnistie entrée en vigueur en 2014, dont Eric Kikunda et Firmin Yangambi, ainsi que des activistes des mouvement citoyens comme Carbone Beni et les autres membres du mouvement citoyens Lucha et Vici, etc, qui seraient tous injustement emprisonnés pour avoir voulu exercer leur droit à la libre expression politique.

Les signataires du mémorandum disent, par ailleurs, refuser de comptabiliser le maintien en détention des prisonniers politiques dans la catégorie des « ratés » de l’Accord, même si la mauvaise foi et la ruse du gouvernement de Kinshasa ont caractérisé la mise en application sélective de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

C’est ici qu’ils demandent aux prélats catholiques ce qu’ils ont fait de leur engagement à se porter « garants » de la libération au moins des prisonniers politiques emblématiques nommément cités dans l’Accord, ainsi que des exilés politiques, eux aussi cités. 

 

 

Lucien Dianzenza

Les familles des prisonniers politiques interpellent la Cenco / LE PHARE

Les familles des prisonniers politiques interpellent la Cenco

  cenco20

Les familles de plus de 40 prisonniers politiques et quelques
partisans des exilés politiques ont envahi le Centre interdiocésain,
siège de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), à
Kinshasa, hier jeudi 15 novembre 2018, pour déposer un mémorandum à
l’attention des Evêques.

Patricia Diomi Ndongala,  qui conduisait la délégation, a lu devant la
presse et le public ce mémo intitulé « Où est ton frère ? », qui a été
réceptionné au secrétariat général de la CENCO.

Ces familles sont persuadées qu’ « aussi longtemps les prisonniers
politiques congolais ne seront pas libérés, il n’y aura qu’aucune
garantie d’un aboutissement heureux du processus électoral en RDC ».
Elles n’ont pas manqué de faire quelques propositions à la CENCO en
ces termes. « Il serait souhaitable qu’une structure permanente, eu
sein de votre sainte organisation qu’est la CENCO, soit mise en place
pour le suivi soutenu de la question de la décrispation politique et
le retour des exilés (« J’étais en prison et vous m’avez visité » Mt
25.35-36)

Voici la seconde : « Il serait souhaitable qu’à la prochaine
Assemblée générale, qui se réunira dans quelques jours, la CENCO ne se
penche pas exclusivement sur l’évaluation du processus électoral,
comme il a été annoncé, mais aussi sur la question fondamentale de la
libération des prisonniers politiques, conformément à l’accord de la
Saint-Sylvestre, les deux sujets étant strictement liés, dans la
perspective d’un processus électoral inclusif, crédible et apaisé ».
Nous rappelons qu’effectivement la CENCO se réunit en Assemblée
Plénière Extraordinaire du 20 au 22 novembre 2018 pour évaluer le
processus électoral.

Pour conclure leur message aux évêques, les familles ont recouru à
l’épitre aux Hébreux 13,3 : « Où sont vos frères ? » et «
Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez aussi prisonniers ;
de ceux qui sont maltraités, comme étant aussi vous-mêmes dans le même
corps ».
Sans aucun incident, les familles des prisonniers politiques ont
quitté le Centre interdiocésain. Parmi les familles signataires de ce
mémo, on peut citer celles de Diomi Ndongala, Muyambo, Mulumba Gecoco,
Bakajika, Bomboko, Katumbi, Anzuluni, Nyamuisi.

Jean-René Bompolonga

MEMORANDUM A L’ATTENTION DE  MESSEIGNEURS LES EVEQUES DE LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO (CENCO)

« Où est ton frère? » Genèse 4:9-10
Depuis la signature l’Accord Global et Inclusif le 31 décembre 2016,
les prisonniers politiques de la République Démocratique du Congo
demeurent embastillés dans les mouroirs congolais dits « prisons »,
malgré le chapitre V dudit Accord sur la nécessité de leur libération.
Certains parmi eux, définis « emblématiques », sont cités nommément en
tant que bénéficiaires des mesures de décrispation politique, mais,
malgré cela, rien n’est entrepris par l’exécutif congolais – animé
essentiellement par la majorité politique signataire de l‘Accord et
ses alliés – afin de leur rendre la liberté.

La CENCO, dans son rôle de facilitation de l’Accord de la Saint-
Sylvestre, avait pris l’initiative de se porter garante de la
libération des prisonniers politiques et du retour des exilés
politiques, en demandant à l’opposition et à la société civile,
pendant les discussions au Centre Interdiocésain de Kinshasa,
d’accepter que ceux-ci soient libérés après la signature de l’Accord,
et pas avant, comme ces composantes l’exigeaient préalablement.
Les familles des prisonniers politiques de la RDC vous demandent,
messeigneurs, en tant que frères en Christ: « Ou sont vos frères? »
Deux ans après la signature de l’Accord de la Saint-Sylvestre, M.
Kabila a pu profiter du consensus politique dégagé à l’occasion de la
signature de l’Accord du 31/12/2016 pour se maintenir au pouvoir hors
mandat constitutionnel, sans respecter le cahier de charges exigés par
l’opposition politique et la société civile.

Le Conseil National de Suivi de l’Accord, CNSA en sigle, une
Institution d’appui à la Démocratie prévue par l’Accord Global et
Inclusif, demeure une coquille vide qui n’a pas d’existence légale et
qui est dépourvue de toute considération de la part de l’exécutif en
place en ce qui concerne ses rares et timides prises de position,
aussi bien par rapport à la libération des prisonniers politiques qu’
à l’évaluation générale du processus électoral.
L’exécutif issu de la signature des « arrangements particuliers »
souscrits par une frange de l’opposition, le 27/04/2017 au Palais du
Peuple, n’applique pas sa propre agenda qui prévoyait la libération
des prisonniers politiques emblématiques une semaine après la
signature du protocole établissant le calendrier des étapes
d’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Les délégations officielles des négociations du Centre Interdiocésain
pour le compte de l’ opposition et de la société civile, n’ont pas
reconnu la désignation des membres participant à ce gouvernement, mais
ces membres dissidents, quant à eux, continuent à ne pas respecter
leurs engagements, y compris ceux prévus par leurs propres «
arrangements particuliers ».

Comment continuer à se taire, alors que l’opinion publique congolaise
est de plus en plus sceptique en ce qui concerne le lancement d’un
processus électoral tardif, exclusif et surtout caractérisé par une
crispation croissante du climat politique ?

Alors que des candidats à l’élection présidentielle ont été
irrégulièrement invalidés par un Commission Électorale Nationale
Indépendante, (CENI), et une Cour Constitutionnelle manifestement
partisanes, les prisonniers politiques emblématiques comme M. Eugène
Diomi Ndongala (Président National de la Démocratie Chrétienne) et M.
Jean-Claude Muyambo (Président National de la SCODE) croupissent
toujours en prison; M. Moise Katumbi est empêché de rentrer en RDC
pour présenter sa candidature à l’élection présidentielle et de
nombreux autres dissidents politiques se sont ajoutés à la liste des
prisonniers politiques qui devaient être libérés à l’issue des travaux
d’une fantomatique « commission ad hoc », composée par des magistrats
et des représentants de la société civile; une commission qui – comme
vous ne pouvez pas l’ ignorer – n’a jamais été mise en place.

Au moment où nous couchons ces lignes, les opposants Gekoko Mulumba
et Franck Diongo se sont ajoutés à la liste des prisonniers politiques
privés de liberté sur la base de poursuites politiquement motivées;
les autres exilés cités dans l’Accord de la Saint-Sylvestre comme M.
Anzuluni et M. Mbusa Nyamwisi sont toujours empêchés de rentrer en
RDC. A eux s’ajoutent les civils qui devaient être libérés sur la base
de l’Amnistie entrée en vigueur en 2014, comme Eric Kikunda et Firmin
Yangambi, sans oublier la liste toujours plus longue d’ activistes des
mouvement citoyens comme M. Carbone Beni et dernièrement les membres
du mouvement citoyens Lucha et Vici et tant d’autres, tous injustement
emprisonnés pour avoir voulu exercer leur droit à la libres expression
politique.

Messeigneurs,
« Où sont vos frères? »
Même si la mauvaise fois et la ruse du gouvernement Kabila a
caractérisé la mise en application sélective de l’Accord de la
Saint-Sylvestre, nous refusons de comptabiliser le maintien en
détention des prisonniers politiques dans la catégorie des « ratés »
de l’Accord.

Qu’avez-vous fait de votre engagement à vous porter « garants » de la
libération au moins de prisonniers politiques emblématiques nommément
cités dans l’Accord, ainsi que des exilés politiques, eux aussi cités
au chapitre V dédié à la Décrispation politique? Pourquoi la «
Commission ad hoc » censée statuer sur les autres cas n’a jamais été
mise en place?

Vous ne pouvez ignorer que certains parmi eux sont actuellement
hospitalisés à la suite des tortures morales et physiques endurées
depuis des années et que chaque jour qui passe risque d’être le
dernier, à cause de l’aggravation de leur état général de santé.
Que faites – vous pour assumer votre position de garants de la
libération de ces innocents qui ont eu le courage de faire barrage à
la pensée unique, au péril de leur vie?

Les familles des prisonniers politiques et des exilés de la RDC
refusent de comptabiliser la privation injuste de la liberté de leurs
proches dans la rubrique indifférenciée des « ratés » de l’Accord de
la Saint-Sylvestre. La mise en place d’un CNSA inutile et passif ou
bien d’un gouvernement non représentatif peuvent être considérés comme
des « ratés » de l’Accord de la Saint-Sylvestre, mais nos pères,
frères, fils ne seront jamais de simples chiffres à insérer dans la
partie double des actifs et passifs de l’application de l’Accord
politique du 31/12/2016, car il s’agit d’hommes et femmes soumis
depuis des années à des tortures physiques et morales à cause de leur
engagement politique.

D’autant plus qu’outre la violation de l’Accord de la Saint-Sylvestre,
de la loi de l’amnistie de 2014 et de la Constitution de la
République, y a-t-il lieu d’ajouter le refus d’exécuter la décision N°
2465/ 2014 issue de la condamnation de la RDC par le Comité des Droits
de l’Homme des Nations Unies de libérer M. Eugène Diomi Ndongala,
d’annuler sa condamnation irrégulière et de l’indemniser. La décision
dont la RDC a été régulièrement notifiée en 2016, mais deux ans après
n’a pas été exécutée en violation de l’art 215 de la Constitution de
la RDC.
Messeigneurs, « Où sont vos frères? »
Cette situation injuste et douloureuse persistant, en dépit de
multiples appels de la Communauté Internationale, de plusieurs
violations par le régime Kabila des textes juridiques nationaux comme internationaux, nous, le Comité de Familles des Prisonniers et les Exilés Politiques, lançons un appel fort à vous, messeigneurs les évêques de la RDC, pour que vous-vous impliquiez, avec foi et détermination, faisant entendre votre voix
afin qu’il soit mis un terme au torpillage de l’Accord politique
Global et Inclusif dont vous vous êtes chargé de bons offices.

Il serait inacceptable que la mauvaise foi l’emporte sur les
engagements librement souscrits par la majorité au pouvoir; il serait
néfaste, pour la République Démocratique du Congo, si la ruse
continuait à l’importer sur la parole donnée.

« Priver les gens de leurs droits humains revient à contester leur
humanité même » et « la moindre injustice, où qu’elle soit commise,
menace l’édifice tout entier », ont un jour respectivement déclaré les
plus illustres défenseurs des droits de l’homme et prisonniers
politiques, Nelson Mandela et Martin Luther-King Jr.

Nous sommes persuadés qu’aussi longtemps que les prisonniers
politiques congolais ne seront pas libérés, il n’y aura aucune
garantie d’un aboutissement heureux du processus électoral en RDC.
Il serait souhaitable qu’une structure permanente, au sein de votre
sainte organisation qui est la CENCO, soit mise en place pour le suivi
soutenu de la question de la décrispation politique, dans son volet
consacré à la libération des prisonniers politiques et le retour des
exilés (« J’étais en prison et vous m’avez visité » Mt 25.35-36).

En effet, la non présentation de M. Kabila aux prochaines élections
risquerait d’apparaître comme une victoire à la Pyrrhus, si les
élections seraient renvoyées encore une fois, ou bien elles se
tiendraient dans le chaos général découlant de la contestation
généralisée, de l’exclusivité et de la répression politique.
Que dire des critiques consécutives à la non application de l’Accord,
dans un contexte de possible «caducité» de celui-ci? Il serait très
dangereux, pour le futur de la République Démocratique du Congo, si
cela devait arriver par la caducité « in fieri » de l’Accord pourrait
marquer, après le mois de décembre 2018, le commencement d’une
dictature ouvertement assumée, mise en place par la fraude, les
manœuvres diaboliques d‘ingénierie constitutionnelle et la négation
des liberté fondamentales.

Il est impératif, à ce stade du processus de démocratisation en RDC,
que la centaine de prisonniers politiques, selon les statistiques de
l’ONU, qui croupissent encore dans les geôles congolaises soient
libérée car on ne peut rien construire de solide, valable et positif
sur la mauvaise fois, le manque de respect de la parole donnée, bien
la ruse et les violations des droits de l’homme.

Il est aberrant que le gouvernement congolais, par le biais de son
Ambassadeur à l’Onu, ait déclaré le 13/11/18, devant le Conseil de
Sécurité de l’Onu, qu’en RDC il y aurait seulement deux prisonniers
politiques ( en se référant aux prisonniers politiques emblématiques
Diomi et Muyambo, cités nommément dans l’Accord de la Saint-Sylvestre)
et qu’ils ne seront pas, selon lui, libérés!

D’ailleurs, il serait souhaitable qu’à la prochaine Assemblée
Générale, qui se réunira dans quelques jours, la CENCO ne se penche
pas exclusivement sur l’évaluation du processus électoral, comme il a
été annoncé, mais aussi sur la question fondamentale de la libération
des prisonniers politiques, conformément à l’Accord de la
Saint-Sylvestre, les deux sujets étant strictement liés, dans la
perspective d’ un processus électoral inclusif, crédible et apaisé.
Pour la dernière fois, messeigneurs, nous vous posons la question lancinante:
« Où sont vos frères? »
et
« Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez aussi
prisonniers; de ceux qui sont maltraités, comme étant aussi vous-mêmes
dans le même corps »,
Hébreux 13.3

Pour le Comité des familles des prisonniers politiques et les exilés politiques,
Les familles des prisonniers politiques,
Famille Diomi Ndongala,
Famille Muyambo,
Famille Yangambi,
Famille Kikunda,
Famille Mulumba,
Famille Beni,
Famille Tsiani Malembe,
Famille Sengha,
Famille Banré,
Famille Bakajika,
Famille Meta,
Famille Kayembe,
Famille Mbaya,
Famille Mwamba,
Famille Lokwa,
Famille Kabala,
Famille Ndembu,
Famille Opele,
Famille Makonzo,
Famille Kalamba,
Famille Mbuyi,
Famille Kabemba,
Famille Buka,
Famille Bopomi,
Famille Tshiunza,
Famille Kayembe,
Famille Mukala,
Famille Lukaba,
Famille Azamba,
Famille Mbegza,
Famille Ahombiawe,
Famille Kengembali,
Famille Bomboko,
Famille Zobele,
Famille Kopani,
Famille Matungu,
Famille Kelega,
Famille Ekobi,
Famille Aburu,
Famille Batangezi,
Famille Mbanga,
Famille Wele,
Famille Makambo,
Famille Abia,
Famille Katumbi,
Famille Anzuluni,
Famille Nyamwisi,
Famille Rachidi

http://www.lephareonline.net/familles-prisonniers-politiques-interpellent-cenco/